Lanterne japonaise : noms, signification et histoire de la lumière au Japon

Les lanternes de Kasuga-taisha, à Nara. Le sanctuaire en compte plus de 3 000, en pierre ou en bronze. Image : Gzzz, CC BY-SA 4.0
Au Japon, une lanterne ne porte pas le même nom selon son usage : l'andon éclaire la maison, le chōchin se porte ou se suspend dehors, le bonbori illumine les fêtes et le tōrō veille sur les temples et les jardins. Derrière chacun de ces objets, il y a une époque, un matériau et une certaine idée de la lumière, douce, diffuse, presque jamais aveuglante.
Comment s'appellent les lanternes japonaises ?
Le français range tout sous le mot « lanterne japonaise ». Le japonais, lui, distingue quatre grandes familles d'éclairage traditionnel. Les confondre revient à appeler « bougie » un lustre de cathédrale : le tableau ci-dessous remet chacune à sa place.
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Nom |
Kanji |
Structure |
Où on la trouve |
Repère historique |
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Andon |
行灯 |
Papier tendu sur un cadre de bambou, de bois ou de métal |
À l'intérieur : posée, suspendue au mur, au chevet |
Se généralise à l'époque d'Edo (1603-1867) |
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Chōchin |
提灯 |
Bambou fendu enroulé en spirale, papier ou soie, repliable |
Dehors : portée à la main ou accrochée devant la maison |
Première mention connue en 1085 |
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Bonbori |
雪洞 |
Lanterne de papier au profil souvent hexagonal, largement ouverte en haut |
En plein air, pendant les fêtes, sur un poteau ou un câble |
Environ 400 bonbori peints chaque année à Kamakura |
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Tōrō |
灯籠 |
Pierre, bronze ou bois, en plusieurs étages |
Temples, sanctuaires, jardins |
Venue de Chine, d'abord réservée aux temples bouddhistes |
L'andon, la lampe des maisons d'Edo
L'andon est la lampe d'intérieur par excellence. Une feuille de papier tendue sur un cadre protège une petite flamme : de l'huile brûle dans un godet de pierre, de métal ou de céramique, avec une mèche de coton ou de moelle végétale. L'huile de colza était la plus courante. La bougie existait, mais elle coûtait cher ; les foyers modestes se rabattaient sur l'huile de sardine, moins chère et nettement plus odorante.
L'objet se répand à l'époque d'Edo (1603-1867). D'abord tenu à la main, il finit posé au sol ou fixé au mur. Le modèle le plus courant, l'okiandon, prend la forme d'une boîte verticale, parfois munie d'un petit tiroir pour remplir l'huile. L'Ariake andon sert de lampe de chevet, et le kakeandon, accroché sous l'avant-toit des boutiques, affiche le nom du marchand : une enseigne lumineuse avant l'heure.
L'andon a même laissé une expression. Un hiru andon, « andon en plein jour », désigne une personne qui semble ne servir à rien. Dans les adaptations de l'histoire des 47 rōnin, on colle volontiers cette étiquette à Ōishi Yoshio, qui joue l'inutile pour mieux préparer sa vengeance.
Le chōchin, la lanterne pliable
Un bura-chōchin, lanterne repliable de bambou et de papier. La spirale permet de l'aplatir dans son panier. Image : Samuraiantiqueworld, CC BY-SA 3.0.
Le chōchin est le cousin japonais de la lanterne de papier chinoise. Son secret tient dans sa structure : une lamelle de bambou fendu, enroulée en spirale, sur laquelle on colle du papier ou de la soie. Cette spirale permet de replier entièrement la lanterne dans le panier du bas, comme un accordéon. Pensé pour l'extérieur, le chōchin se porte à la main ou se suspend devant la maison.
La plus ancienne mention connue date de 1085, et une illustration de 1536 en montre déjà un. Aujourd'hui, une variante est devenue un signal que tout voyageur au Japon apprend vite : l'akachōchin, la lanterne rouge, indique un izakaya, ces petits bars où l'on mange et boit après le travail. Le folklore lui a aussi donné une vie propre : le chōchin-obake est un yōkai, une lanterne hantée qui ouvre la bouche et tire la langue.
Le bonbori, la lanterne des fêtes
Le bonbori ressemble à un petit abat-jour de papier, souvent hexagonal, largement ouvert sur le dessus. On le dresse sur un poteau ou on le suspend à un câble le long des allées pendant les fêtes. La plus célèbre, la Bonbori Matsuri, se tient chaque année au sanctuaire Tsurugaoka Hachiman-gū de Kamakura : environ 400 bonbori y sont peints par des artistes, puis allumés le long de l'allée du sanctuaire.
Le tōrō, la lanterne de pierre et sa signification
« Quelle est la signification d'une lanterne japonaise dans un jardin ? » La réponse se trouve dans le tōrō, la lanterne de pierre. Le mot signifie à peu près « panier de lumière ». Venue de Chine, elle n'éclairait au Japon que les allées des temples bouddhistes, et une lanterne allumée y valait offrande au Bouddha. Les sanctuaires shintō puis les demeures privées l'adoptent à l'époque de Heian (794-1185). Entre 1568 et 1600, les maîtres de thé en font un ornement de jardin, et c'est ainsi qu'elle est arrivée jusque dans nos jardins zen.
Un tōrō complet n'est pas un empilement décoratif : ses cinq étages représentent les cinq éléments de la cosmologie bouddhiste. Du sommet à la base :
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Kū, le vide (ou l'éther) : le joyau en forme de bulbe au sommet, posé sur un support en fleur de lotus. Il pointe vers le ciel.
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Fū, le vent : le toit, appelé kasa, qui coiffe le foyer. Ses coins se relèvent parfois en volutes.
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Ka, le feu : le foyer, hibukuro, littéralement « sac de feu », où brûlait la flamme. C'est la seule partie qui ne manque jamais.
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Sui, l'eau : le fût qui élève la lanterne. Certaines lanternes basses, posées au sol, n'en ont pas.
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Chi, la terre : la base, en contact avec le sol.
Le plus spectaculaire de ces ensembles se trouve à Nara, au sanctuaire Kasuga-taisha, fondé en 768. Plus de 3 000 lanternes de pierre et de bronze bordent ses allées et ses galeries. Elles ne sont toutes allumées en même temps que deux fois par an : au Setsubun Mantōrō, le 3 février, qui marque le passage de l'hiver au printemps, et au Chūgen Mantōrō, les 14 et 15 août, au moment d'Obon. Les fidèles y accrochent leurs vœux avant l'allumage. Le modèle de lanterne né ici, le Kasuga-dōrō, haut et élancé, se retrouve aujourd'hui dans tout le pays.
Tōrō nagashi : les lanternes qui flottent
Tōrō nagashi : des lanternes de papier confiées au courant, le dernier soir d'Obon. Image : Laika ac from USA, CC BY-SA 2.0
Le dernier soir d'Obon, la fête des défunts, de nombreuses villes déposent sur les rivières des lanternes de papier allumées. C'est le tōrō nagashi, littéralement « lanternes qui s'écoulent ». La croyance veut qu'elles guident les âmes des disparus vers l'autre monde. Les lanternes blanches honorent les morts de l'année écoulée. La cérémonie a aussi lieu à d'autres dates, notamment à Hiroshima en mémoire des victimes du bombardement atomique.
Washi et « Éloge de l'ombre » : pourquoi cette lumière est si douce
Fabrication du papier washi à Echizen, préfecture de Fukui. Image : TR15336300101, CC BY-SA 4.0
On parle souvent de « lampe en papier de riz ». L'expression est trompeuse : le papier traditionnel japonais, le washi, n'a rien à voir avec le riz. Il est fabriqué à la main à partir des fibres du mûrier à papier. Les fibres sont séparées, mises à tremper dans une eau claire de rivière, puis filtrées sur un tamis de bambou. Ce savoir-faire, transmis de génération en génération dans des familles d'artisans, est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO. On le retrouve dans les lettres et les livres, mais aussi dans les cloisons, les paravents et les portes coulissantes.
Ce papier change tout à la lumière. En 1933, l'écrivain Jun'ichirō Tanizaki publie Éloge de l'ombre (In'ei Raisan), un court essai devenu culte chez les architectes et les décorateurs. Il y oppose un Occident qui cherche toujours plus de clarté à une esthétique japonaise qui cultive la pénombre et ses nuances. Il y remarque que le papier occidental renvoie la lumière, alors que le papier japonais l'absorbe. C'est tout l'effet d'une lanterne : la flamme ne se voit pas, la lumière semble venir du papier lui-même.
D'Edo au design : les Akari d'Isamu Noguchi
Des sculptures lumineuses Akari exposées au Noguchi Museum, à New York. Image : Heartleafphilodendron, CC BY-SA 4.0.
En 1951, l'artiste américano-japonais Isamu Noguchi visite Gifu, une ville spécialisée dans les lanternes de papier. L'électricité est en train de rendre ces objets obsolètes, et le maire lui demande de les moderniser. Noguchi remplace la bougie par une ampoule et utilise du fil de fer pour donner aux formes une allure de sculpture. Il les baptise Akari, « lumière » en japonais.
Le succès est immédiat, au Japon comme à l'étranger. Les lampes se replient et voyagent à plat, comme un chōchin. Il en existe aujourd'hui plus de 200 variantes, toujours fabriquées à la main à Gifu, en papier washi de Mino, bambou et métal, par la maison Ozeki. On les trouve au MoMA et au Metropolitan Museum de New York, au Victoria and Albert Museum de Londres et au Musée des Arts décoratifs de Paris. La plupart des suspensions « boule en papier » de nos salons descendent, de près ou de loin, de cette rencontre entre une ville artisanale et un sculpteur.
Retrouver cette lumière chez soi
Pas besoin de vivre dans une maison de bois pour retrouver l'esprit des lanternes japonaises. Quelques principes suffisent, et ils viennent tous de ce qui précède :
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Diffuser plutôt qu'éclairer. Un abat-jour en papier, en tissu fin ou en fibres naturelles cache la source et adoucit la lumière, exactement comme la feuille de l'andon.
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Choisir une lumière chaude. Une ampoule blanc chaud, autour de 2700 K, se rapproche de la teinte dorée des flammes d'autrefois.
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Multiplier les points bas. Plutôt qu'un plafonnier puissant, plusieurs sources à hauteur d'yeux ou plus bas : une lampe au sol, une applique, une lanterne au chevet. On recrée ces zones d'ombre que Tanizaki défendait.
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Miser sur les matières naturelles. Papier, bambou, rotin et bois clair prolongent l'esthétique wabi-sabi, cette beauté de l'imparfait et du patiné.
Pour la pièce de vie, une grande suspension en papier ou en bambou au-dessus de la table joue le rôle de la lanterne centrale. Si vous cherchez ce type de luminaire, des éditeurs comme Maison Aurore proposent des suspensions japonaises et japandi en papier, en bambou ou en rotin, dans cet esprit de lumière tamisée. Et pour une touche plus authentique, un véritable chōchin ou une petite lanterne de pierre au jardin font le lien avec la tradition.
Quiz : reconnaîtrez-vous chaque lanterne ?
Choix possibles pour chaque question : andon, chōchin, bonbori, tōrō, akachōchin.
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Lanterne d'extérieur à spirale de bambou, que l'on peut replier dans son panier.
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Lampe d'intérieur de l'époque d'Edo, papier tendu sur un cadre, flamme à l'huile de colza.
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Lanterne de pierre des temples et des jardins, dont les étages figurent les cinq éléments.
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Lanterne rouge accrochée devant un izakaya.
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Lanterne de fête souvent hexagonale : environ 400 sont peintes chaque année à Kamakura.
Réponses : 1 chōchin, 2 andon, 3 tōrō, 4 akachōchin, 5 bonbori. Dans la version HTML, le quiz est interactif et affiche le score.
Questions fréquentes
Comment s'appelle la lampe japonaise traditionnelle ?
Tout dépend de l'usage. La lampe d'intérieur est l'andon (行灯), la lanterne pliable d'extérieur le chōchin (提灯), la lanterne de fête le bonbori (雪洞) et la lanterne de pierre des temples et des jardins le tōrō (灯籠).
Quelle est la signification d'une lanterne japonaise ?
Dans les temples, une lanterne allumée était une offrande au Bouddha. Le tōrō de pierre symbolise les cinq éléments : la terre, l'eau, le feu, le vent et le vide. Lors du tōrō nagashi, les lanternes flottantes guident les âmes des défunts à la fin d'Obon.
Comment fonctionne une lanterne japonaise ?
Une source de lumière, autrefois une flamme d'huile ou une bougie, aujourd'hui une ampoule, est entourée de papier tendu sur une armature de bambou, de bois ou de métal. Le papier protège la flamme du vent et diffuse la lumière. Sur le chōchin, l'armature est une spirale de bambou qui permet de replier la lanterne.
Le papier des lampes japonaises est-il du papier de riz ?
Non. Le papier traditionnel, le washi, est fabriqué à partir des fibres du mûrier à papier. L'expression « papier de riz » est un abus de langage courant en Occident.
Quelle est la véritable lanterne japonaise ?
Il n'y en a pas une seule. Si l'on cherche celle que l'on imagine en pensant « lanterne japonaise », ronde, en papier et repliable, c'est le chōchin. La lampe Akari d'Isamu Noguchi, créée en 1951 à Gifu, en est la version moderne la plus célèbre.